Histoire(s) de carnets.


De retour du voyage qu’il fit au Maroc en 1832, Delacroix rapporte trois albums dont les pages sont pleines de textes et d’images. A Paris, en 1893, après son premier séjour en Océanie, Paul Gauguin entreprend la rédaction de Noa Noa pour raconter, dessins à l’appui, Tahiti, son peuple, sa culture et l’expérience qu’il en a faite. Tout au long de sa vie, Picasso n’a eu de cesse de recouvrir les pages de carnets de dessins, comme en témoignent les sept – rien de moins ! - qui figurent à l’inventaire des oeuvres préparatoires à l’élaboration des Demoiselles d’Avignon (1906-1907).


Qu’ils soient peintres, sculpteurs, architectes, designers, bédéistes, voire photographes, cinéastes, vidéastes, chorégraphes ou je ne sais quoi encore, tout créateur tient ordinairement dans sa poche un carnet sur lequel il relève, note, croque, ébauche les idées qui lui passent par la tête. De peur qu’elles s’envolent. Dans l’impatience à les dire ou à leur donner forme. Pour en avoir une première vue, la corriger tout aussitôt, la faire s’épanouir. Peu importe.


A la source même du fait de création, le carnet de dessin s’avère être le lieu par excellence de toutes les investigations et de toutes les expériences. C’est un véritable laboratoire et les opérations dont il est le détenteur y sont comme tenues au secret. Sur le mode du journal intime. Aussi rien n’est plus passionnant que d’y accéder. Rien n’est surtout plus instructif et c’est pourquoi les artistes acceptent le plus souvent d’en révéler le contenu. Ils savent combien cela peut contribuer à l’appréhension intelligente de leur démarche.

 

Pour toutes ces raisons, il nous a semblé pertinent, au cœur d’une manifestation comme le Salon du dessin contemporain, de rassembler un certain nombre de ces carnets d’artistes, toutes disciplines confondues. Une façon de nous conter l’histoire de leur création, dès les premiers instants où celle-ci germe dans leur esprit.

 

Histoire(s) de carnets, donc.

Philippe Piguet